Mag ONLINE #1
Interview d'Henri Verdier
1) Le Big Data a fait irruption dans le paysage de l'informatique et du décisionnel depuis un an, mettant la donnée au cœur de la stratégie de l'entreprise.
Pourtant cette pratique n'est pas nouvelle : on fait bien du Excel depuis des décennies !...Alors, en quoi peut-on considérer que le Big Data est une innovation, voire une rupture ?
Il y a en fait la conjonction de deux phénomènes : d'une part, les entreprises n'ont plus aucun mal à produire ou trouver de la donnée, d'autre part elles arrivent maintenant à les traiter via des technologies innovantes.
Premier point : la production de données... Aujourd'hui, il est très peu cher pour une entreprise de récupérer des informations (placer une puce RFID au lieu d'un code barre sur une palette destinée au stockage n'entraîne pas une explosion des coûts). Le prix des systèmes d'information a également chuté, leur permettant d'être toutes équipées de modules de traitement efficaces. Enfin, Internet, avec son potentiel astronomique de données gratuites, issues des réseaux sociaux, des forums, etc... leur apporte une manne d'informations supplémentaire.
Deuxième point : les innovations technologiques. Face à l'afflux de données, on a vite compris que l'informatique traditionnelle fondée sur des bases de données n'arriverait pas à passer à l'échelle et à absorber ce trop-plein d'informations. Des programmes de recherche au milieu des années 2000 ont mis au point de nouvelles logiques de "compression" des données (comme le Framework MapReduce), de nouvelles philosophies de bases de données, puis de nouvelles logiques de traitement parallèle, facilité en grande partie par l'arrivée concomitante du Cloud.
2) La question pour les entreprises aujourd'hui c'est donc : comment mettre à profit cette manne ? Comment utiliser ces informations de façon stratégique ?
Toutes les entreprises devraient concevoir leur data-strategy... Quelles données ai-je ou pourrais-je avoir ? Quelle valeur ont-elles ? Pour qui ? Quelle stratégie me convient ?
L'utilisation de ces données massives dépend totalement des besoins et de la stratégie de l'entreprise. Ainsi Tesco et Walmart, pourtant issus du même secteur économique, ont traité les tickets de caisses de façons différentes : Tesco croisant les données pour personnaliser les offres au client (profiling) ; alors que Walmart récupère des données externes (météo, ventes...) pour optimiser la gestion des stocks (prédiction).
Il y a donc plusieurs mises à profit du Big Data : la précision marketing, l'optimisation des process ou de la logistique... Mais le plus prometteuse est sans doute la conception de nouveaux services. En effet, grâce à toutes ces données agrégées et traitées, de nouveaux business models émergent et des entreprises se créent : dans le domaine du tourisme par exemple, la géolocalisation est devenue un réel moteur d'innovation, tandis qu'un peu partout - comme depuis longtemps dans les milieux financiers - de nombreuses perspectives s'ouvrent grâce à l'avènement du traitement de données temps réel.
3) Du coup, cette bascule vers le Big Data va-t-elle être générale ou bien est-ce un phénomène marginal qui ne concernera que quelques spécialistes ?
Pour moi, toutes les entreprises seront concernées. Il s'agit d'un changement de paradigme et de stratégie : avant, les entreprises travaillaient dans un contexte où produire de la donnée était coûteux, et tendaient à limiter cette production. Aujourd'hui, la question est obsolète car les données sont quasi-gratuites et abondantes !
Désormais, ce qui compte, ce n'est plus de produire mais de manier ces données, de les exploiter. Et tout cela dépend de l'activité de l'entreprise, comme je l'ai dit plus haut ; on passe dès lors à une
"data-driven strategy".
Dans des secteurs comme l'électricité, les déchets, les transports, cela fait changer le business model : avant, ils se rémunéraient sur le volume de leur activité ; désormais, ce sera l'efficacité qui primera.
Les utilisateurs commencent donc peu à peu à comprendre les enjeux du Big Data et tous les bénéfices qu'ils peuvent en retirer : le mouvement ne fait que commencer !
 |
Henri Verdier,
Entrepreneur, Senior advisor de MFG-Labs, Président du pôle de compétitivité Cap Digital
Site web
|
|
|
|